L’Europe, au-delà des clichésÀ propos de la rédaction
AccueilEuro Magazine
Français
Map of the travels of St. James in Western Europe
Espagne · Voyages

Le chemin de Compostelle : une coquille comme balise

Des millions de personnes marchent vers un tombeau en Galice. Le signe qui leur montre le chemin se trouve là-bas, sur la plage.

Le chemin de Saint-Jacques n'est pas un itinéraire mais un réseau. De toute l'Europe, des routes convergent vers un seul point : le sanctuaire de l'apôtre Jacques dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice, où la tradition veut que reposent ses restes.

Que ce soit un réseau et non un sentier explique pourquoi il existe tant de variantes, et pourquoi des gens de pays différents disent tous marcher sur le Chemin sans jamais se croiser.

La coquille

Le symbole du chemin est la coquille Saint-Jacques, et elle sert aujourd'hui aussi, très littéralement, de balise : stylisée sur des poteaux, des murs et des pavés tout au long du trajet.

Ce qu'on raconte rarement, c'est d'où vient cette coquille. On la trouve en quantité sur les rivages de Galice, c'est-à-dire précisément à la fin du voyage.

Cela fait du signe autre chose qu'un emblème arbitraire. Le pèlerin qui revenait avec une telle coquille apportait une preuve : cet objet vient de là-bas, et j'y suis allé. Le symbole n'était pas à l'origine une indication de direction mais un reçu.

La compostela

Cette idée de preuve existe toujours, sous une forme codifiée. Qui arrive peut recevoir une compostela : un certificat attestant que le pèlerinage a été accompli.

Des conditions s'y rattachent. Le trajet doit avoir été fait sur un itinéraire officiel, ce qui est consigné par des tampons recueillis en chemin.

C'est administratif et en même temps très ancien. Au Moyen Âge, un pèlerinage n'était pas seulement un acte de foi mais aussi quelque chose qu'on pouvait avoir à prouver, par exemple lorsqu'il avait été imposé en pénitence ou promis par vœu. Il fallait une preuve.

Le nom en français

En français, le chemin est aussi appelé la voie lactée.

Ce n'est pas une trouvaille poétique d'agence de voyages. La Voie lactée traverse le ciel nocturne dans la même direction que la route terrestre, d'est en ouest, et disparaît à l'horizon occidental, là où se trouve la Galice et où finit le continent.

Pour qui voyageait sans carte ni balisage, c'était un fait utile. Le ciel indiquait la même direction que la route.

Pourquoi il s'est de nouveau rempli

Le chemin a été très important pendant des siècles, est ensuite largement tombé en désuétude, et a retrouvé beaucoup de marcheurs ces dernières décennies.

Ce qui frappe dans ce renouveau, c'est qu'il n'est que partiellement religieux. Beaucoup marchent sans motif de foi, pour des raisons allant du sport au deuil en passant par l'envie de n'avoir rien à décider pendant quelques semaines.

C'est possible parce que la forme d'un pèlerinage fonctionne sans son contenu. Il y a un but fixe, une direction fixe, un rythme quotidien dicté par la distance, et en chemin des gens qui font la même chose. Ce qui attend au bout est un tombeau pour l'un et simplement la fin pour l'autre.

La coquille sur le pavé, elle, indique la même direction à tout le monde.

Rubriques

AccueilVilles et régionsNature et paysagesArt et muséesVoyagesÀ tableMétéo et découvertes