
Les Dolomites : des montagnes d'une roche née en eau peu profonde
Les tours pâles au-dessus du Sud-Tyrol sont en dolomie. Le matériau date surtout du Trias et appartient davantage à une mer chaude qu'à un sommet alpin.
Les Dolomites ne ressemblent pas au reste des Alpes, et ce n'est pas qu'une question de forme. C'est le matériau.
Là où beaucoup de sommets alpins sont faits de roche sombre et litée, se dressent ici des massifs pâles, presque blancs, aux parois verticales et aux sommets plats. Ils rosissent au lever et au coucher du soleil, phénomène qui a reçu un nom propre.
D'où vient cette roche
La géologie de la région est faite de roche sédimentaire, la dolomie, à côté de roches volcaniques. Le matériau date surtout du Trias.
Une roche sédimentaire est une roche déposée : elle a été mise en place quelque part, couche après couche, le plus souvent sous l'eau. La dolomie se forme dans des mers chaudes et peu profondes, souvent en lien avec des récifs et un dépôt calcaire par des organismes.
Cela signifie que ces montagnes viennent d'en bas. Ce qui se dresse aujourd'hui à trois mille mètres s'est formé au fond d'une mer peu profonde, sous un climat qui n'avait rien à voir avec la neige.
Comment elles sont montées
Le massif s'est formé pendant l'orogenèse alpine : la collision entre les plaques africaine et européenne qui a soulevé tout le système alpin.
Le remarquable est que ces massifs y sont restés largement intacts. En bien des points des Alpes, les couches sont plissées, basculées et chevauchées au point d'être à peine suivables. Ici elles se tiennent encore, en de nombreux endroits, remarquablement horizontales.

De là vient la forme. Des couches horizontales de roche dure, soulevées puis attaquées par l'eau et le gel, ne donnent pas des pics pointus mais des blocs à parois raides et sommets plats. Ce qui est parti s'est détaché ; ce qui tient, tient droit.
Pourquoi elles sont si pâles
La dolomie est plus claire que la plupart des roches dont sont faites les montagnes, et elle renvoie davantage de lumière.
Cela explique à la fois le surnom de montagnes pâles et la lueur rouge quand le soleil est bas. Une surface claire et rugueuse prend la couleur de la lumière qui la frappe ; au lever et au coucher cette lumière est rougeâtre, et la montagne le devient aussi.
Ce n'est donc pas une propriété de la roche mais de son interaction avec la lumière. Par un après-midi couvert, les mêmes parois sont grises et plates.
Ce qui fait l'étendue du massif
La région couvre près de seize mille kilomètres carrés. Ce n'est pas une chaîne au sens d'une seule crête, mais un ensemble de massifs séparés par des vallées.
Cette structure explique pourquoi le paysage change tant d'un village à l'autre et pourquoi il est si accessible aux marcheurs : on est rarement ici au pied d'une longue paroi, mais entre des groupes de montagnes tournés chacun dans sa direction.